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Ngozi Okonjo-Iweala, première femme à la tête de l’OMC

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Première représentante d’un pays africain à diriger l’Organisation mondiale du commerce, l’ancienne ministre des Finances du Nigeria a travaillé vingt-cinq ans à la Banque mondiale. Ses prises de positions politiques par le passé laissent penser à une certaine continuité à la tête de l’institution.

La désignation de Ngozi Okonjo-Iweala ce lundi signe la fin d’un feuilleton de plusieurs mois à la tête de l’Organisation mondiale du commerce, l’une des institutions financières les plus puissantes au monde. Une officialisation sans surprise puisque la Nigériane était, depuis le 5 février, la seule candidate, mais un soulagement pour l’OMC, créée en 1995. L’annonce mi-mai du départ de son directeur général, le Brésilien Roberto Azevedo, l’avait plongée dans l’attente, en pleine récession mondiale, accompagnée de complications dans les échanges commerciaux entre pays pour des raisons sanitaires. Azevedo avait opéré son retrait anticipé en août, un an avant la fin de son mandat en 2021 pour des raisons personnelles disait-il – le dernier jour de son mandat coïncidait en fait avec ses débuts à son nouveau poste de chef lobbyiste de la multinationale de boissons gazeuses PepsiCo.

Les atermoiements des Etats-Unis ont longtemps pesé sur cette succession. Donald Trump répétait à l’envi son souhait de réformer ou de quitter l’OMC, notamment à cause d’un favoritisme supposé pour les pays émergents ou après que l’institution avait demandé en 2020 à Washington de ne plus imposer de taxes douanières punitives à la Chine. Sans le soutien de l’administration Trump, qui disait vouloir la nomination de la Sud-Coréenne Yoo Myung-hee, l’OMC était suspendue à la victoire de Joe Biden. Qui après son intronisation a rapidement mis de l’ordre.

Diplômée de Harvard et du MIT

La désignation de Ngozi Okonjo-Iweala, 66 ans, première femme et première représentante africaine à la tête de l’institution, semble naturelle au regard de son parcours. Fille d’une professeure de sociologie et d’un prof d’économie, elle a grandi avec sa grand-mère jusqu’à ses 9 ans, alors que ses parents finissaient leurs études. «J’ai fait tout ce qu’une fille de village ferait, aller chercher de l’eau, aller à la ferme avec ma grand-mère et réaliser toutes les tâches possibles. J’ai vu ce que signifiait la pauvreté», assure-t-elle. Mais sa trajectoire sociale se dissocie ensuite du commun des Nigérians. A 19 ans, elle arrive à Harvard, en sort avec un diplôme en économie, valide en 1981 son doctorat en développement économique régional dans le tout aussi prestigieux MIT.

L’année d’après, à 28 ans, elle entre à la Banque mondiale. Une institution dans laquelle elle travaillera un quart de siècle, devenant de 2007 à 2011 son numéro 2. Plus récemment, en tant que présidente du conseil d’administration de Gavi Alliance, elle avait pris en charge l’accès et le financement de la vaccination contre le Covid-19 en Afrique – un projet qu’elle ne pourra donc mener à son terme.

Ngozi Okonjo-Iweala a délaissé plusieurs fois les institutions internationales pour s’occuper de son pays natal, en tant que ministre des Finances de 2003 à 2006 sous la présidence d’Olusegun Obasanjo, puis de 2011 à 2015 sous Goodluck Jonathan – mandature qui verra le Nigeria devenir la première puissance économique d’Afrique, devant l’Afrique du Sud. En 2012, elle porte par exemple la réforme du président Goodman de ne plus subventionner le prix du carburant à la pompe, rapidement multiplié par deux. Si les économistes libéraux saluent cette «réforme nécessaire», un mouvement social d’ampleur, Occupy Nigeria, s’ébroue en janvier 2012, avec des manifestations et des grèves, qui ont entraîné plusieurs morts et des centaines de blessés. Lors de son mandat, elle séduira malgré tout certains grands médias occidentaux puisque le Time la classe parmi les 100 personnes les plus influentes au monde en 2014 et Fortune parmi les 50 plus grands leaders de la planète l’année suivante.

«Politiques néolibérales»

Présentée comme une bosseuse acharnée avec un caractère de fer – une image renforcée par son refus de négocier, officiellement, avec des ravisseurs qui avaient kidnappé sa mère et demandé sa démission puis une rançon –, elle est critiquée par la gauche, qui voit surtout dans son bilan un accompagnement des politiques néolibérales. «L’espoir est qu’un président de l’OMC originaire des pays du Sud serait plus sensible aux défis engendrés par le système commercial mondial aux économies périphériques, mais le bilan d’Okonjo-Iweala n’inspire pas beaucoup de confiance à cet égard», explique Francisco Perez, directeur du Center for Popular Economics. Un constat confirmé par l’anthropologue de l’université du Michigan Omolade Adunbi«les politiques néolibérales des deux administrations pour lesquelles elle a travaillé étaient en grande partie responsables de la vente des actifs nationaux aux particuliers et aux proches des régimes au nom de la privatisation et de la commercialisation».

Alors quel programme à la tête de l’OMC pour Ngozi Okonjo-Iweala, qui aura 67 ans en juin ? Jeune Afrique en septembre, elle dit que son «urgence sera d’arriver à achever les négociations sur les subventions à la pêche», notamment «parce que ce dossier illustre parfaitement l’importance de la question environnementale, à commencer par celle de la protection des océans». Elle veut aussi «revoir le système de règlement des litiges, qui paralyse le fonctionnement même de l’OMC» – notamment l’Organe d’appel, sous le feu des critiques des Etats-Unis de Trump – et «se pencher sur la digitalisation de l’économie» car «l’OMC n’a pas encore de règles» sur l’e-commerce. Fustigée pour son manque de prise en compte de l’impact social et environnemental de ses décisions, l’OMC n’a peut-être pas encore entamé dans sa mue.

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