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Afrique: les dix bonnes nouvelles de 2019

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Malgré l’extension de la menace sécuritaire dans le Sahel et les défis récurrents posés par le chômage, la pauvreté et le changement climatique, l’Afrique avance, dans tous les domaines. En témoignent ces 10 bonnes nouvelles de l’année 2019, politiques, économiques, sociales, culturelles et sportives.

Révolution au Soudan

Alaa Salah, une jeune femme vêtue de blanc avec un disque d’or en boucle d’oreille, devient l’icône de la révolution au Soudan. Juchée sur le toit d’une voiture, elle chante, la main levée, parmi des milliers de manifestants qui campent devant le quartier général de l’armée à Khartoum. Le 11 avril 2019, l’état-major destitue Omar el-Béchir, au pouvoir depuis 1989 et prêt à briguer un troisième mandat en 2020, après quatre mois de contestation. À l’origine de la colère populaire : la hausse des prix du pain. Sous le coup d’un mandat d’arrêt lancé par la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide, des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis au Darfour, Omar el-Béchir est incarcéré, à 75 ans. Il est condamné le 14 décembre à deux ans de prison pour corruption, avant deux autres procès, l’un pour meurtre de manifestants, l’autre sur les crimes au Darfour. Plus de 100 manifestants sont tués début juin, mais les civils gagnent le bras de fer face à l’armée. Celle-ci accepte de partager un pouvoir de transition qui se donne trois ans pour mener le pays aux élections. Le vent des « printemps arabes » de 2011 souffle-t-il encore sur le continent ? En Algérie, c’est le hirak ( «mouvement » ) qui tient tout un peuple en haleine, à partir du 16 février 2019, pour contester la candidature à un cinquième mandat du président sortant, Abdelaziz Bouteflika, qui démissionne le 2 avril.

Fatwa de l’Université Al-Azhar contre les mariages d’enfants

« Le mariage est basé sur le consentement, lequel exige que la jeune femme ait atteint l’âge de la maturité et la raison pour qu’il soit valablement donné. L’âge de 18 ans marque le stade où une femme peut valablement exprimer sa volonté de se marier. Cela garantit qu’elle puisse jouir de ses droits fondamentaux à l’enfance, à l’éducation et à la capacité d’assumer la responsabilité du mariage ». Salah Abbas, grand imam adjoint de l’Université Al-Azhar du Caire, l’institution qui fait référence dans l’islam sunnite, a énoncé cette fatwa historique le 18 mai 2019 à Dakar, lors du premier sommet africain sur les mutilations génitales féminines et le mariage précoce. Le Mozambique, où la moitié des filles sont mariées avant leurs 18 ans, a adopté en août une loi rendant le mariage de mineurs illégal. La Tanzanie en a fait de même en octobre. Selon l’UNFPA, quatre filles sur 10 sont mariées avant 18 ans en Afrique occidentale et centrale, et une fille sur 7 avant ses 15 ans.

Ouverture de nouveaux musées à Kinshasa et Lomé

Le musée national de la République démocratique du Congo ( MNRDC ) a ouvert en juin à Kinshasa sur le boulevard Triomphal, à côté du Parlement. Le bâtiment, offert par la coopération sud-coréenne pour 22 millions de dollars, conserve 12 000 des 45 000 pièces de l’Institut des musées nationaux de la RDC. Le nouveau musée se dit prêt à accueillir, au titre d’une restitution que le président Félix Tshisekedi a précisé ne pas vouloir faire dans la « précipitation », quelques-unes des 180 000 pièces, pour l’essentielle congolaises, que détient l’AfricaMuseum de Bruxelles.

Au Togo, c’est le Palais de Lomé, « parc d’arts et de culture », qui a ouvert le 7 décembre, après sept ans de travaux de rénovation de l’ancien palais des gouverneurs, abandonné depuis les années 1990. Le site comprend un parc botanique de 10,5 hectares, des espaces d’exposition multimédia, une librairie, une galerie d’art, deux restaurants et une boutique.

Percée du styliste camerounais Imane Ayissi dans la mode

Cet ancien danseur et mannequin international fait une entrée remarquée dans la cour des grands, lors de la Fashion Week de Paris, fin juin. Imane Ayissi, 51 ans, a fondé sa griffe en 2001. Sa haute couture rend hommage aux tissus africains, jacquards manjak ou kita de Côte d’Ivoire mixés à des soies ou des cotons italiens et français, alliance de la tradition du drapé africain avec le tailoring ou des éléments de cultures graphiques propres à différents pays africains confrontés au minimalisme et à la simplicité. Avec ses robes spectaculaires, rose fuchsia ou jaune citron, il donne un coup de peps à l’univers de la mode africaine, en plein élan.

Lancement de la ZLEC

Tous les pays membres de l’Union africaine ( UA ), à l’exception de l’Érythrée, ont lancé à Niamey le 8 juillet 2019 la Zone de libre-échange continentale africaine ( ZLECAf ). Celle-ci vise à donner un coup de fouet aux échanges intra-africains, parents pauvres du commerce extérieur du continent ( 15,2 % du total des exportations de l’Afrique sur 2015-17, contre 47 % d’échanges intracontinentaux en Amérique, 61  % en Asie et 67 % en Europe selon la Cnuced ). Ce marché commun de 1,2 milliard de consommateurs est appelé à devenir le plus grand du monde. Il devrait être opérationnel en juillet 2020, après négociation d’accords sur les droits de douane et les règles d’origine.

Plus de 1 million d’euros pour une toile du Nigérian Ben Enwonwu

« Christine », un tableau qu’avait conservé la famille du modèle pendant cinquante ans, a défrayé la chronique pour son montant, 1,3 million d’euros. C’est la somme déboursée par un acquéreur le 16 octobre à Londres dans une vente aux enchères chez Sotheby’s. Ce portrait de jeune femme fait en 1971 par le père du modernisme au Nigeria, Ben Enwonwu, mort en 1994, se rapproche de son premier record. Le portrait de la princesse « Tutu », surnommé « La Joconde africaine », s’était vendu 1,36 million d’euros à Londres. Ben Enwonwu figure parmi les artistes africains contemporains disparus les plus chers du marché, avec la Sud-Africaine Irma Stern, dont une œuvre a été achetée 3,8 millions d’euros par un musée du Qatar en 2011. D’autres battent des records de leur vivant, comme la Sud-Africaine Marlene Dumas ( 6,3 millions de dollars pour son tableau « The Visitor » en 2008 ), et le sculpteur ghanéen El Anatsui ( 1,3 million d’euros pour une œuvre chez Sotheby’s New York en 2014 ).

L’Afrique du Sud, championne du monde de rugby

Pour la troisième fois de leur histoire, après 1995 et 2003, les Springboks remportent la coupe du monde de rugby. Ils ont vaincu le 2 novembre face au Royaume-Uni, à Yokohama, à 32 contre 12. C’est aussi la victoire d’un maillot de bain masculin, aux couleurs du drapeau sud-africain. Une star est née, le capitaine de l’équipe nationale de rugby, ce sport qui ne peut plus être considéré comme celui « des Blancs » : c’est un jeune Noir de 28 ans, Siya Kolisi, qui a grandi dans un township de Port Elizabeth, ville industrielle et port du Cap-Oriental.

Zozibini Tunzi, Sud-Africaine, Miss Univers 2019

Miss Afrique du Sud, cette belle au teint d’ébène et aux cheveux courts a été couronnée Miss Univers 2019 le 8 décembre à Atlanta. Son discours a été remarqué : « J’ai grandi dans un monde où une femme comme moi, avec mon type de peau et mon type de cheveux, n’a jamais été considérée comme étant belle. Il est temps que ça change aujourd’hui ». Elle a impressionné le jury avec ses tenues et une démarche originale : elle a mené une campagne en ligne exhortant les Sud-Africains à écrire des lettres d’amour aux femmes du pays. Des missives qu’elle a incorporées dans des petits nœuds à son costume « national », aux couleurs du drapeau sud-africain.

Abiy Ahmed, Premier ministre éthiopien, Prix Nobel de la paix

En poste depuis avril 2018, le Premier ministre de l’Éthiopie, 43 ans, a été récompensé le 10 décembre à Oslo pour ses efforts en faveur de la paix et la coopération internationale, en particulier pour « son initiative visant à résoudre le conflit frontalier avec l’Érythrée ». Ce Prix Nobel controversé est-il prématuré ? Il a fait se lever des sourcils, dans la mesure où le principal test pour l’actuel Premier ministre est à venir, avec les élections générales de mai 2020, sur fond d’incertitude économique et de hausse des violences communautaires.

Fin annoncée du franc CFA en Afrique de l’Ouest

Le 21 décembre, les présidents français et ivoirien, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, annoncent à Abidjan la fin du franc CFA. La devise créée en 1945 et qui tire son nom initial des « Colonies françaises d’Afrique » sera remplacée par l’éco, la monnaie commune que projette de lancer depuis 1983 la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest ( Cédéao ). Les liens seront coupés avec la France, dont le Trésor public ne détiendra plus les réserves en devises de ses anciennes colonies ouest-africaines, pour garantir la convertibilité de la monnaie. Une page d’histoire se tourne, malgré des réactions plus que mitigées. « C’est une merveilleuse nouvelle », affirme Kako Nubukpo, économiste togolais, l’un des plus ardents pourfendeurs du franc CFA, créé en 1945 et qui tire son nom initial des « Colonies françaises d’Afrique ». « Un faux pas qui sème la confusion », analyse de son côté Jean-Baptise Placca sur RFI.

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