Politique

Débarrassé du FMI, le Ghana va emprunter 3 milliards de dollars… sur les marchés financiers

Le Ghana envisage de mobiliser au moins 3 milliards de dollars en 2019 sur les marchés financiers contrairement aux 2 milliards annoncés initialement. Sans la tutelle du FMI, l’objectif semble toutefois assez ambitieux pour le gouvernement d’autant que les marchés n’écartent pas les risques d’un nouveau cycle d’endettement pour le pays.

Ce n’est plus 2 milliards mais au moins 3 milliards de dollars que le Ghana compte mobiliser en 2019 sur le marché international de la dette. Dans le cadre de sa nouvelle stratégie d’endettement, le gouvernement vient de procéder à une modification du montant visé dans le projet initial de loi des finances, aux fins de revoir l’enveloppe à mobiliser à titre d’emprunt sur les marchés financiers. Selon les autorités, cette somme va servir à financer le déficit budgétaire à hauteur des 2/3 du montant et le reste sera destiné au refinancement de la dette.

Avec la fin de la tutelle du FMI, le Ghana a en effet de nouvelles marges pour financer son développement en faisant appel à l’endettement privé. Toutes fois, le marché local ne lui offre pas suffisamment d’opportunité au regard du coût des emprunts notamment à long terme, des banques locales. L’alternative c’est donc les marchés financiers internationaux que compte solliciter le gouvernement, qui a également envisagé d’autres mécanismes, notamment des deals contre des matières premières, pour financer le programme d’infrastructures.

Marges réduites

Si le pays a retrouvé sa souveraineté économique avec la fin de la tutelle du FMI, comme le met en avant le président Nana Akufo-Addo, le recours aux marchés internationaux de l’emprunt risque de s’avérer une vraie gageure. En dépit de la bonne dynamique de croissance que connait le pays, 8% en 2018, le pays fait face à une situation macroéconomique encore difficile. Selon la Banque centrale du Ghana, le taux d’endettement est estimé à plus de 67% en 2018 et le pays fait face à un déficit estimé à 4,5% en 2017 et que le gouvernement compte ramener à 4.2 % en 2019 selon les détails donnés au Parlement par le ministre des Finances, Ken Ofori-Atta.

Les analystes et marchés financiers se sont par le passé montré assez inquiets de la décision du président ghanéen de mettre fin au programme avec le FMI, qui en plus de permettre la mise en œuvre de certaines réformes structurelles, constitue un signal fort et une garantie pour les investisseurs. De passage à Accra, en décembre dernier, la directrice générale du Fonds, Christine Lagarde, n’a pas manquer de vanter le mérite du maintien de l’accord avec l’institution qu’elle dirige.

« Le programme soutenu par le FMI a été un point d’ancrage pour un ajustement économique ordonné et un signal positif pour le marché. Au cours de cette période, les autorités ghanéennes ont réalisé d’importants progrès en matière de stabilité macroéconomique, l’inflation étant tombée à un seul chiffre et se situant désormais dans la fourchette de la Banque du Ghana », a fait savoir Christine Lagarde.Dispositifs anti-dérapages

Afin de rassurer les marchés, le gouvernement ghanéen a mis en place toute une série de mesures destinées à enrayer les risques de dérapages budgétaires. Après les réformes menées avec le soutien du FMI notamment l’adoption de la loi sur la gestion des finances publiques, l’amélioration de la gestion de la dette et le renforcement du secteur bancaire, deux nouvelles institutions viennent d’être créer.

Il s’agit du conseil fiscal et du conseil pour la stabilité qui viennent renforcer les actions des autres instances de régulation notamment la Banque centrale, la Commission nationale d’assurance (NIC), l’Autorité en charge des pensions (NRPA) et le Régulateur des marchés financiers (SEC). Ces instances auront comme principal objectif de veiller à l’assainissement du cadre macroéconomique et à empêcher tout creusement des déficits budgétaires en limitant l’impact des politiques publiques notamment d’au-delà d’un seuil de 5% du produit intérieur brut (PIB).

Il en va de même pour l’endettement lorsque le ratio dettes/PIB dépasse le seuil de 65% du PIB. Des mesures que le marché appréciera lors de la sortie du Ghana, une échéance décisive pour le gouvernement qui a besoin de mobiliser davantage de ressources financières pour poursuivre la mise en œuvre de son programme de développement.

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