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Kagamé Paul : un personnage haut en couleur sur la scène politique africaine

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Le Président Paul Kagamé lors d’un forum économique en   2019.    Derrière cette façade médiatique flamboyante,  des images plus sombres suscitent beaucoup d’interrogations.

 Le Président Kagamé suscite des articles élogieux dans la presse africaine. Tout le monde voit en  lui  » un grand homme « ,  quelqu’un qui a accompli  des prouesses économiques. Le nombre record de Chefs d’Etat africains à sa prestation de serment en 2017 en dit long sur la considération que lui porte ses pairs, alors que celle du brave Georges Weah quelque mois plus tard n’a pas vu affluer autant de monde, bien que son élection ait été beaucoup plus transparente. 

 L’homme a pris de l’ascendance sur les autres présidents africains, surtout ceux d’Afrique francophone qu’il intimide indéniablement.  Erigé en modèle, plébiscité par la presse, le Président kagamé est un personnage haut en couleur sur la scène africaine. Il est aujourd’hui  une  icône en matière de politiques économiques, un homme qui symbolise le résultat. Le traité de libre-échange continental (la fameuse ZLECA) lui est attribué en grande partie.

 Pourtant lorsqu’on on se plonge un instant dans la vie  de ce monsieur, au-delà de cette image flamboyante que nous montre la presse, on tombe alors sur des aspects du personnage qui donnent  tout simplement froid  dans le dos.

Le bilan économique du Président Kagamé Paul

On en parle beaucoup dans les médias. C’est exact, l’économie rwandaise est en forte expansion depuis les années 2000.  Mais ce qu’on oublie,  cette prospérité ne date pas d’hier.  Dans les années 70 et 80, le pays était qualifié de « suisse »,  du fait de cette prospérité qui le différenciait de ses voisins. Le Rwanda a toujours été une terre d’abondance, de commerce, un pays  grand exportateur de produits agricoles comparativement à sa taille et à sa population.

Le génocide a eu un impact dévastateur, traumatisant, massif, mais passager. Faisons le parallèle avec l’Allemagne. En 1945, ce pays était dévasté, rasé, ruiné, coupé en deux. Cinq années après en 1950, le pays est redevenu un géant. On a parlé de miracle allemand. Ce miracle ne fut pas attribué au chancelier en place à l’époque, mais bien au peuple allemand, un peuple discipliné, ingénieux et travailleur. La guerre n’a pas modifié ces paramètres. 

Ce schéma s’applique au Rwanda.  Les fondamentaux n’ont pas été affectés. Les terres sont restées fertiles, et la population travailleuse, commerçante. Les activités sont reparties dès la paix retrouvée.

 D’autre part le Rwanda continue de faire l’objet d’aides massives (30% de son budget annuel). Le pays a longtemps pillé l’est de la RDC (il exporte certains minerais qui ne se retrouvent pas dans son sous-sol), et bénéficie de facilités tarifaires vers les USA (en plus de l’AGOA), mentionnons aussi  divers autres programmes de la Banque Mondiale. Enfin Comme dans toute dictature, nous avons la stabilité.  Tous ces facteurs conjugués créent la croissance. 

Cette croissance est avant tout l’œuvre du peuple rwandais, c’est lui  qu’il faut féliciter.  Le président kagamé n’est  ni un génie en politique économique, ni un gestionnaire incorruptible, ni un planificateur hors pair, ni un visionnaire en investissement, même si beaucoup voient en lui  un   » grand  manager  » ! 

Le Rwanda : le pays « moins corrompu » d’Afrique ? 

Là encore  il faut regarder les choses de près. Il y a quelques années, le nom de la première dame fut cité dans le détournement de l’aide occidentale pour la lutte contre le sida à travers la fondation qu’elle dirige. On soupçonna le médecin personnel de Kagamé Paul d’être le responsable des fuites. Il fut arrêté à maintes reprises, et finalement abattu dans un commissariat,  » en tentant de désarmer un policier  » selon le communiqué officiel. 

L’un des fils de Paul Kagamé a gravi de façon fulgurante les échelons au sein de l’armée, tandis que sa première fille a une main-mise sur l’administration présidentielle.  Népotisme ? Les diamants et autres pierres précieuses pillées en RDC et exportées, ne sont pas  comptabilisés dans les recettes de l’Etat rwandais. Ils font l’objet d’une comptabilité parallèle selon un rapport paru en 2015.

 En fait au Rwanda tout est mis en œuvre afin que les investisseurs obtiennent rapidement les documents exigés. Cette célérité donne l’impression d’une absence de corruption.  Mais une fois dans la place, l’écaille leur tombe des yeux. Dans ce pays la justice est aux ordres, or une justice indépendante est la condition première dans la lutte contre la corruption.  D’autre part le  » droit de cuissage « , le fait d’exiger des faveurs aux femmes en échange de menus services au sein de l’administration, est une pratique qui fait rage, tous les ONG dans ce pays le dénoncent. 

 Enfin en 2019, la Banque mondiale accusa ouvertement le Rwanda de mentir sur ces données économiques, ce qui fit grand bruit. Comme toujours, le Président Kagamé a pris l’offensive pour montrer que son pays n’avait rien à cacher.

Le Rwanda : champion de la parité homme / femme ?

Le pays est cité en exemple. Le parlement rwandais comporte plus de femmes que d’hommes, et les principales  structures de l’Etat  sont tenues par des femmes. Mais encore une fois, il  faut être prudent. Comme tout dictateur, le président Kagamé se méfie de tout le monde, veut tout contrôler, ne délègue rien,  veille soigneusement à ne permettre l’émergence d’aucun rival.

 Ainsi aux postes importants,  il convient de placer  des femmes, elles ne posent jamais de question et obéissent.  Alors  que les  hommes  du fait de leur orgueil naturel, peuvent peu à peu tisser leur toile et finalement prendre la place du maître, ou être vus comme une alternative. C’est la hantise de tout dictateur. La promotion des femmes permet ainsi au Président Kagamé de mieux tenir les choses.  Tous les ministres doivent obtenir l’autorisation de la présidence avant de s’exprimer dans les médias.

Car le sort des femmes  importe peu à Paul Kagamé. Lors des deux guerres  qu’il a déclenchées en RDC,  les femmes étaient violées en masse sans qu’il ne s’en émeuve. Au Rwanda il a  emprisonné deux femmes qui avaient l’intention de participer aux présidentielles.  Victoire Ingabiré en 2010, et Diane Rwigara en 2017. Pour la seconde, une vidéo d’elle dans sa nudité a circulé sur les réseaux sociaux dans le but évident de la discréditer.  

 L’auteur de cette vidéo a été identifié mais pas inquiété par la police. C’est dire sa proximité avec le pouvoir, c’est dire le peu de considération de Kagamé envers les femmes, c’est dire enfin l’état d’âme de l’homme. Car cette jeune dame d’une trentaine d’années, assez inconnue,  ne pouvait en aucun cas remporter ce scrutin. Mais le fait même qu’elle ose se présenter était inacceptable pour le président kagamé !

 Ces deux femmes ont plus tard été  libérées car le Rwanda  avait  présenté la candidature de sa ministre des Affaires étrangères au poste de Secrétaire Générale  de l’OIF en 2018.  Une pression s’est donc exercée pour leur  libération. Mais elles restent en résidence surveillée depuis lors, et leur  retour en prison  sous un prétexte quelconque n’est pas à écarter. Le Rwanda reste l’un des rares pays africains qui emprisonnent les femmes politiques. 

Un régime athée ?

Dès sa prise du pouvoir en 1994, le Président  Paul Kagamé accusa ouvertement l’Eglise  catholique d’avoir été  » mêlé  » au génocide, et exigea des  » excuses « . En 2016, il fut reçu par le Pape au Vatican qui présenta les  « excuses » de l’Eglise, ce qui n’a pas pour autant réchauffer ses rapports avec le clergé rwandais.

Comme toute l’Afrique sub-saharienne, le Rwanda est affecté par cette dynamique des Eglises libérales, qui se créent chaque jour et mobilisent toujours plus de monde.  Dictateur assumé, Kagamé ne pouvait être que méfiant envers tout ce qui représente un pouvoir parallèle. Dans un discours qui présageait de ses intentions en 2017, il s’est publiquement alarmé du fait que la seule capitale Kigali comptait plus de 1200 Eglises !

 En  Décembre 2017 la foudre a frappé un  bâtiment qui abritait une Eglise,  faisant 16 morts. Le Président Kagamé  ordonna aussitôt la  » fermeture  » de plus de 7 000 Eglises à travers le pays, pour non-respect des  » normes de sécurité « . Six prédicateurs ont été arrêtés pour avoir organisé des prières à domicile.  Désormais les conditions pour ouvrir un lieu de culte sont si drastiques que cela revient à une interdiction pure et simple.  S’exprimant peu après, Paul Kagamé affirma  « ne pas comprendre ce que les Eglises apportent à la population ! ».

 Dans l’histoire contemporaine de l’Afrique, c’est la première fois que la liberté religieuse est foulée au pied dans une telle ampleur. L’ex- Président Omar El Béchir du Soudan, souvent décrit comme hostile aux populations chrétiennes de son pays, ne s’était pas montré aussi dur. Cependant  les congrégations américaines présentes en Ouganda voisin,  se sont emparées de la question. Elles ont une influence sur la politique étrangère des USA. Le Président Kagamé Paul risque gros s’il est étiqueté en tant ‘’ persécuteur ’’.

 Le Rwanda : une dictature    » modèle  » ?

Géant au physique émacié, le Président kagamé Paul ressemble davantage aux Africains de la Côte orientale (Ethiopiens, Somaliens, Djiboutiens), qu’aux africains de l’intérieur du continent. Son profil austère est le symbole de la discipline militaire. Dénué d’émotions, il est froid et impitoyable.

Le Rwanda est un pays à forte croissance, mais attention ! Pas une grève, pas un sit-in, pas une marche, aucune revendication sociale n’est tolérée. Les opposants à l’extérieur sont systématiquement assassinés. Le dernier Roi du Rwanda est décédé en exil aux USA en 2016, il avait interdiction de rentrer. Cette interdiction reste valable pour son successeur qui vit à Londres.  La constitution a été modifiée afin que Paul Kagamé puisse rester en place jusqu’en 2036 !  Bien qu’elle  limite à nouveau le nombre de mandats à 2, on voit difficilement ce qui pourra empêcher Kagamé Paul d’être  président à vie.

 Tout le monde trouve peut-être à  » manger et à boire  »  au Rwanda, mais la  dictature est implacable.  Avec l’Erythrée, le Rwanda est qualifié de «  pays-prison » par les ONG occidentales des droits de l’homme.  Les Présidents Alpha Condé de Guinée et Patrice Talon du Bénin ont publiquement avoué leur admiration du Président Kagamé. Lentement mais surement, ces pays deviennent des dictatures sur le même modèle !

Le Président kagamé Paul : un  » grand homme  » ?

Le Président Kagamé a déclenché deux guerres en RDC. La première a conduit à la chute  du maréchal Mobutu.  La seconde ne lui  a pas permis de renverser le  Président Kabila père. Ces  guerres ont mobilisé les armées d’environ dix pays africains, et fait des centaines  de milliers de morts, de déplacés, de disparus.  Plus tard il  va soutenir des mouvements armés dans l’Est de la RDC (CNDP, M-23, …).  Il en résultera encore et encore des centaines de milliers de morts, de déplacés, des viols en masse, des massacres de tous genres etc…….

N’oublions pas les milliers de morts suite à  sa violente prise du  pouvoir. Enfin l’identité de ceux qui ont abattu l’avion du Président Juvénal Habyarimana n’a toujours pas été élucidée, bien que les indices convergent tous vers Paul Kagamé,  à l’époque  le  » patron  » du front patriotique rwandais.  Ce crime profita pleinement à ses troupes, qui ont exploité la désorganisation de l’armée gouvernementale suite à la disparition brutale de son chef.  Le génocide qui s’est produit est la conséquence directe de la disparition du Président Habyarimana.

 Aucun dirigeant de l’Afrique contemporaine n’a été directement responsable de la mort d’autant de personnes que le président Kagamé. Quels sont les  » anges  » qui soufflent à  son oreille ? Sous quelles influences mystiques est-il ?

Le parcours du Président Kagamé, ses méthodes, les fantômes qu’il a laissés derrière lui, ne doivent pas être occultés. Faire l’impasse sur cela, l’encenser, le plébisciter, tout ramener à des questions macroéconomiques comme le font actuellement les médias revient à préparer le lit à de nouveaux cataclysmes, car les jeunes générations vont s’en inspirer. Es ce le modèle qu’il faut leur  présenter ?              

 Douglas Mountain

www.douglasmountain.blogspot.com

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